Témoins passifs, nous contemplons les traces de ce duel. Sa pièce Les évadés semble nous montrer les vestiges d’une tentative d’évasion, dont on ne connaît la fortune. Les plaques d’égouts, entrouvertes, laissent présager la fuite des corps, l’« entrouverture » de perspectives, un espace du possible opposé à la rigueur géométrique de la plaque lourde et contraignante. Nicolas Muller nous conte ainsi des histoires, nous suggère une intrigue, propose les résidus d’un instant décisif, la poésie d’un espace de liberté. Son installation Sans titre (GE) constitue sa collection d’arceaux en acier inoxydable heurtés et déclassés. Ces barres, barrières de l’espace public, garantes d’un certain ordre et dogmes visibles d’une force coercitive ont été percutées, attaquées par la trajectoire d’un véhicule et d’un individu s’étant confronté à la rigueur des balises de l’organisation publique. Comme une somme d’empreintes de la déviance, ces arceaux trônent, défaits, hors d’usage, meurtris par la rencontre.
Nicolas Muller a grandi dans la région de Metz, sa maison familiale jouxtant l’association peu probable d’un centre de détention pénitentiaire et d’une forteresse de Vauban. L’enfermement semble être une donnée biographique constitutive chez l’artiste, dont le travail sonde en permanence les possibilités et hypothèses de l’échappatoire face à son encadrement. Les territoires et les légitimités se toisent, s’apprécient, se mesurent, dans un travail qui examine les voies de la dissidence douce, les éventuelles opportunités d’émancipation de l’homme face à la rigueur des cadres et des prescriptions du monopole de la violence légitime. Plongés dans l’espace carcéral de Nicolas Muller, nous assistons à la lutte et au conflit des légitimités, à une mise en examen, qui nous rappelle que le premier lieu d’investigation du duel se situe en notre indécise conscience.
2012, catalogue du 57ème Salon de Montrouge